Bandeau superieur

Bienvenue à la Ferme Equestre de Bois Guilbert
Nos lignes téléphoniques sont enfin rétablies... Avec encore quelques risques de perturbations


Pour nous écrire

Le concours de Paris

Quel paradis rêvé pour trois petites filles que cet immense bâtiment couvrant de son aile la fine fleur de l'élevage français.

De sept heures du matin à sept heures du soir, nous passions des journées merveilleuses : Prenant le fourrage à plein bras, le bout du nez dépassant à peine de cette charge odorante, nous commencions par nourrir nos poneys; puis, très fières, nous partions comme les autres palefreniers, un seau à la main, jusqu'au robinet du coin; et là, en attendant notre tour, nous bavardions gaiement avec les garçons d'écuries:
"Alors, les petits poneys, y vont bien ce matin ? tu sais qu'on les a entendus cette nuit, une vraie foire..."

Nous ne pouvions que répondre : "Ah bon, vous avez quand même dormi ?" car nous ne couchions pas dans le foin comme eux, mais chez une tante, en plein Paris. Puis nous ramenions les seaux débordant, en les posant tous les dix mètres pour souffler; les poneys les buvaient avec avidité, n'ayant pas eu pour les rafraîchir la rosée du matin ou la petite pluie d'une nuit…
Une fois leur petit déjeuner pris, nous passions à la toilette. Quelques coups d'étrille, la brosse en chiendent, puis celle beaucoup plus douce en soie : Vous voilà fin prêts, jolis poneys, tout excités à la joie de sortir maintenant.

Nous partions sur leur dos à la découverte des trésors de ce paradis qui nous appartenait entièrement, à une heure où les visiteurs ne montrent pas encore le bout de leur nez.

Un matin, nous partions voir les cochons que l'on faisait avancer avec des bâtons; en agitant leurs oreilles, ils se soulevaient doucement, ce qui provoquait nos éclats de rire, mais effrayait nos poneys. .

Un autre jour, le petit trot de nos montures nous emmenait du côté des bovins : Les grosses vaches normandes ne nous intéressaient guère; mâchant leur foin comme du chewing gum, elles tournaient leurs lourdes têtes pour nous regarder un instant de leurs gros yeux ronds. Nous préférions les petites vaches des Landes ou des Alpes, avec leurs fines cornes et leur douce couleur caramel.

Dans l'agitation régnant généralement de ce côté là, nous retrouvions souvent madame Auger, présidente de l'élevage des poneys : Avec son béret beige et sa canne qu'elle faisait résonner sèchement dans les allées, elle nous impressionnait et nous attirait à la fois:

"Ce matin, les enfants, grande nouvelle : le général de Gaulle vient demain faire une visite; soyez sur vos poneys!"

Comprenez que le lendemain nous ne sommes pas allées traîner du côté des chevaux, à chatouiller le bout de leur nez avec un brin de paille ou à leur tendre une carotte en nous mettant sur la pointe des pieds! Non, le lendemain les poneys ont été étrillés très soigneusement et, avec nos jolies vestes écossaises, nous sommes restées à attendre la visite du général; autour de nous, plus personne: Ils étaient tous là bas en une foule dense et bruyante qui se rapprochait petit à petit. Ils devaient être près des chèvres (nous les imaginions en train de se pincer le nez à cause des boucs) quand un grand monsieur se précipita sur nous en criant :

"Mais écartez vous donc, rentrez vos poneys afin que le général puisse passer ! Quelle idée vraiment,un jour comme celui là ! Pour qui se prennent ils ?" Nous n'avons pas entendu la suite: il repartait en maugréant et en écartant tout ce qui pouvait encombrer l'allée.

Toutes penaudes, nous rentrions nos poneys étonnés, quand le tac tac bien connu de la canne nous fit tourner la tête:

"Eh bien, vous rentrez déjà ? mais tous ces officiels doivent voir vos poneys, le rayon de soleil du salon de cette année... »

Si bien que nous sommes restées: Sous les yeux ahuris des gens et les flashes des journalistes, nous avons timidement serré la main du général; quel événement! quelques minutes après son départ, nous en étions encore toutes saisies et Isabelle a fini par dire: "Moi, il me fait penser un peu à grand père: toujours droit avec son petit sourire..."

Le soir, les palefreniers en parlaient encore, tout en nourrissant leurs che¬vaux. Le propriétaire des mules aux longues oreilles est venu voir papa et lui a dit en soupirant : "Oui les ânes, c'est fini... mais vos petits poneys, ils ont de l'avenir avec les gosses."

Il ne croyait pas si bien dire; le lendemain nous défilions sur le grand ring autour duquel s'entassaient tant de personnes: De tous côtés ont éclaté les applaudissements, si brutalement et avec un tel enthousiasme que le poney d'lsabelle a roulé les yeux et... a tout traversé au grand galop pour rejoindre les gros percherons pommelés qui attendaient de l'autre côté; du coup, le tonnerre a redoublé et Isabelle est tombée le nez dans la sciure. Mais rien de grave !

Le soir du départ, au moment de charger les poneys, elle considérait encore le beau bleu qui virait au jaune : "Il faudrait les habituer aux applaudissements quand même... »

Autour de nous, avec force jurons et cris, les camionneurs faisaient leurs manœuvres ; les palefreniers emmenaient leurs chevaux en tenue de voyage et les installaient dans les vans bien capitonnés ; ailleurs, on entassait les moutons dans des camions à deux étages.

Nos poneys ont retrouvé leur place dans la remorque et les moutons dans la camionnette ; quant à nous, papa nous a installées à la place du fourrage, au ¬dessus des moutons; enfouies dans la paille, bien au chaud, nous avons fermé les yeux, emportant avec nous un bagage de souvenirs comme seuls les enfants savent le faire.

Inès 16 ans


pied de page
Ferme Equestre de Bois Guilbert
1001 route d'Héronchelles 76750 Bois Guilbert (Haute-Normandie)    -    tél : 02 35 34 42 51
poney-club - ferme pédagogique - séjour vacances poney - classe découverte - collège Equestre - gîte de groupe
Ecole Française d'équitation affiliée à Bienvenue à la Ferme et à Gîtes de France