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Bienvenue à la Ferme Equestre de Bois Guilbert


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la disparition des poneys

Thierry et Guilaine, suivis de Pirouette, pénètrent dans le bois où un timiderayon de soleil apparaît à travers le feuillage. Ils suivent l'alléebordée de primevères et de violettes; les branches mortes craquent sousleurs pieds. Les deux enfants se taisent. Guilaine écoute, rêveuse, legazouillement des oiseaux. Thierry pense à Julie, la jolie ponetteaperçue ce matin de printemps dans la clairière. Il l'a revue souventdepuis, mais aujourd'hui, avec Guilaine, il essaiera de l'attraper.

Suivant chacun le cours de leurs pensées, ils arrivent ainsi à la cabane. Unfaisan trouble le calme de la forêt. Il s'envole dans un grandbattement d'ailes en criant, Pirouette aboyant derrière lui.

"Viens dans la clairière, Guilaine, dit Thierry, tu vas m'aider à attraper Julie."

Et les voilà tous deux courant à travers la grande allée. Ils passententre deux barreaux de la barrière et, entrant dans le pré des poneys :

"Ils ne nous attendent pas, aujourd'hui ! s'exclame Thierry indigné."

Allons voir sous les arbres, propose Guilaine.

Ils grimpent la petite colline et disparaissent derrière un rideaud'arbres. Mais aucun poney ne broute, ni ne dort. Thierry et Guilainese regardent, inquiets. Les poneys ont disparu ! Julie a disparu !

Thierry empêche ses larmes de couler en serrant les dents. Les hommes nepleurent pas. Ils redescendent vers le bois, ne sachant que faire.Soudain, Thierry pousse un cri. Sa petite soeur le rejoint : "Regarde!"

Guilaine voyait. Dans la haie, une large brèche s'ouvre, béante. Des touffes depoils y restent accrochées. Les poneys sont passés par ici. Thierry seglisse dans le trou et examine le sol, tel un détective.

"Peut-être Pirouette suit-elle leur piste ? dit Guilaine, suivons-la."

Mais Pirouette les conduit à un terrier de lapin. En revenant vers le trou Guilaine découvre des traces de sabots.

"Nous les retrouverons bientôt", s'écrie-t-elle en riant. "Thierry,les traces nous mèneront au troupeau de Julie, à Mandy; c'est maponette et elle a disparu aussi."

Les traces les emmènent à la route. Ils traversent. Elles s'arrêtent là. Que faire?

"Rentrons le plus vite possible à la maison, dit Thierry, il faut prévenir papa."

Une demi-heure plus tard, ils arrivent tout essoufflés sur le perron où Jean-Marc joue aux petites autos.

"Où est papa ?" demande Thierry. "J'sais pas."

Thierry, les mains sur les hanches, le regarde furieusement.

"Ah ! oui, il est dans sa chambre" répond Jean-Marc en poussant sesvoitures. Déjà, Guilaine monte les escaliers et court prévenir papa : "Les poneys se sont sauvés cette nuit ; on a suivi les traces, maiselles conduisent à la route. On les a perdus."

Papa se tait. Il enfile ses bottes et descend dans la cuisine. Maman versede l'eau bouillante sur le café, mais elle pose la casserole en levoyant. Elle comprend qu'une catastrophe est arrivée. Les yeux bleus depapa l'indiquent. "Dix poneys ont disparu", annonce-t-il en fronçantles sourcils.

"Nous allons t'aider à les retrouver, ils ne doivent pas se cacher très loin", répond maman, encourageante.

Papa s'assoit, découragé, sur le coffre du vestibule. Il téléphone à tous les fermiers voisins pour les prévenir de la fuite des poneys et leur demander s'ils ne sont pas chez eux.

A midi, aucune nouvelle...

Guilaine interroge la mère Louise : "Non, que j'les ai point vus, mais dis àton père qu'y a la mère Devin qui sait n'trouver les choses, ellehabite seule au Bois des Pendus."

Dans la commune, chaque parcelle de terre ou de bois est un lieu-dit quiporte son nom. Le petit bois, au bout du village, avait perdu sonancien nom en 1943, lorsqu'une troupe de S.S. avait occupé la commune.Une patrouille d'Allemands dans le bois avait trouvé deux braconniersavec leur fusil ; sans jugement, ils avaient été pendus à l'endroit oùils s'étaient cachés. Depuis vingt-sept ans, tout le village appelaitce bois : le Bois des Pendus. Un monument rappelle la triste fin de ceshéros.

Jean-Marc et Thierry sont partis à poney dans le bois. Le plus petit confie à maman, avant de partir :

"J'ai tout compris. Je pars avec Platon dans le bois. Si les poneys s'y cachent, il les retrouvera, j'en suis sûr."

Mais Platon, son petit poney alezan, ne trouve rien.

Maman sillonne la région en 2 CV. Elle suit les routes et les chemins desalentours. Elle s'arrête devant madame Fournier. Elle, qui plante seséchalotes, passe la tête au-dessus de la haie en entendant son chienaboyer de toutes ses forces. Maman descend de la voiture etl'interroge. Non, elle ne les a pas vus.

Tous les gens du pays sont questionnés, mais inutilement. Maman revient à lamaison où Grany guette le téléphone. La gendarmerie a promis derechercher de son côté et de donner des nouvelles. Mais le téléphonereste muet.

"Papa, la mère Louise m'a dit que Mme Devin savait tout. Tu devraisaller la voir", propose Guilaine. - Oh, je peux toujours essayer, rienque pour me distraire un peu", soupire papa.

La mère Devin habite, dans le bois, une maison isolée, en torchis. Lechaume de la toiture est gris et vieux, il tombe par endroit. Papaexplique l'histoire de la disparition.

"Attendez, attendez", dit la vieille femme de sa voix de crécelle. Ellefait asseoir papa à côté du fourneau noir et sort un livre du buffet.Elle marmonne des formules en tournant les pages de son doigt crochu.Elle en murmure de nouvelles, ouvre le livre à d'autres pages. Lesminutes semblent longues à papa qui pense perdre son temps.

"Que voyez-vous ?" demande-t-il. La bonne femme le regarde en souriant, fière de son fluide, et dit doucement :

"Je ne suis pas de celles qui lancent des sorts et qui font du mal.C'est peut-être pour ça que j'suis pas riche. Mais Monsieur, j'peuxvous dire que vos poneys vivent encore. - Où sont-ils? - Dans un coinde deux haies."

Papa sourit à cette réponse. Il laisse une pièce à la vieille et saute surson cheval. Au pas de sa monture, il parcourt les chemins bordés dehaies des hameaux. A la tombée de la nuit, il atteint la grille vertede la maison. Et, quelle est sa surprise d'entendre Thierry crier :

"Hourrah, les poneys sont retrouvés."

Papa reconduit Fanny à la pâture et se dirige vers Thierry :

"Oui, dit-il, un monsieur a téléphoné de Sigy. Il a trouvé les poneysdans son champ. Il les a enfermés. - Mais, Sigy, c'est à 25 km d'ici. -Bon, je prends le camion, on va les chercher."

Les poneys broutent tranquillement dans leur nouveau champ. Ils s'yaccommodent très bien. Mais il faut repartir. Le gentil cultivateuraide à pousser les poneys qui voudraient bien goûter encore de la bonneherbe. Thierry se met avec les poneys près de Julie. Le camion repart àla maison.

Thierry embrasse Julie et lui chuchote dans l'oreille :

"Tu sais, demain, je commencerai ton dressage et après, tous les deux, on partira dans les bois au grand galop. D'accord ?"

Julie approuve d'un petit hennissement. Et Thierry appuie sa tête contre celle de sa ponette en souriant.

>Véronique 14 ans


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