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Bienvenue à la Ferme Equestre de Bois Guilbert


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la visite de Johny et Judith

Depuis ce matin, assise près de la fenêtre de l'escalier, je fixe l'allée du parc. Les poneys y broutent tranquillement les petites herbes d'avril. Les premiers poulains goûtent les fleurs par ci par là puis retournent en cabriolant près de leur mère.

Je soupire, peut être ne viendront ils pas ?

Thierry monte les marches quatre à quatre et s'asseoit à côté de moi.
"Les singes n'arrivent pas, papa a bien invité M. et Mme Muller pour onze heures ?—Oui", je regarde ma montre anxieusement: midi. "Tu veux un bonbon, me propose Thierry, ça fera passer le temps; c'est bien grâce à notre grippe que nous pourrons voir réellement Johny et Judith, et toute la journée."

Tout en suçant nos acidulés nous scrutons la grille verte.

Soudain, un coup de klaxon me fait sursauter.

Thierry et moi nous montons sur la rampe et nous laissons glisser jusqu'en bas. Papa accueille déjà les invités.

"Excusez nous d'arriver en retard, dit madame Muller en souriant, mais Johny jouait à cache cache et ne se laissait pas attraper."

Sur le dos de Mme Muller, le singe avec la culotte à carreaux roses et blancs bat des mains en reconnaissant son nom.

Je riais déjà en le regardant patiner au "Holidays on ice", mais naturel il est encore plus drôle.

"Judith n'est pas là", demandai je à madame Muller.

"Oui, elle est sur son pot dans le camion, je vais la chercher, venez visiter leur chambre."

La pièce aménagée pour les deux singes ressemblait réellement à une chambre d'enfants. Thierry prend la petite femelle, mais celle ci pousse des cris stridents.

"Pourquoi le petit poêle est il recouvert d'une grille?" demande t il, remis de sa peur.

"Johny et Judith touchent à tout comme des enfants et ils se brûleraient."

Nous descendons du camion américain et nous dirigeons vers la maison. Grany s'inquiète en apercevant les singes. Vont ils déjeuner dans la salle à manger ?

Monsieur Muller, un singe dans chaque bras, ne semble pas envisager la question et pénètre dans la pièce où brûle un grand feu de cheminée. Grany le place à un bout de la table et s'asseoit à l'autre.

Michèle et Jacqueline entrent avec un plat de gigot.

"Hou, hou", crie Johny affamé. Apeurée, Michèle recule d'un pas, mais ce coquin lui a déjà attrapé le bras. Le beau gigot tombe par terre. Judith veut aider à ramasser les tranches, mais est rattrapée à temps. L'incident reparé, papa pose un plat sur la table, le repas continue, très gai.

Judith s'empare d'une cuiller et se sert directement dans le plat.

Intéressés par les actes des deux insupportables invités et par la conversa¨tion de leur maître, Thierry et moi ne touchons pas à notre assiette.

"Comment avez vous connu Johny et Judith ? demande papa. — Lors d'un de mes voyages en Afrique, comme champion de patinage artistique, j'achetai un singe comme mascotte. Ma femme et moi, pour le distraire, I'emme¨nions à l'entraînement et, à notre grande surprise, Johny commença à nous imiter. Grâce à toute l'affection que nous lui portions, il nous obéissait. Je lui ai fait ajuster des petits patins et, petit à petit, il devenait le clou du spectacle. Le monde entier nous demandait. Comme compagnie pour Johny, j'ai trouvé Judith N'ayant pas d'enfants nous les considérons comme les nôtres. Ils nous aiment beaucoup et apprennent à patiner facilement."

Ce beau récit terminé, tout le monde se lève.

Papa propose à M. et Mme Muller, venus à la maison dans le dessein d'acheter un poney, de visiter l'élevage. Malgré notre fin de grippe, Thierry et moi les accompagnons avec enthousiasme. Pirouette, attirée par la conversation des singes, arrive en trottinant. En les voyant, elle en oublie d'aboyer. Quels sont ces individus ? Elle essaie de mordre Judith mais Johny lui attrape la queue. Il ne se décide pas à lâcher, il est trop content de sa prise. Mais, lorsque son maître élève la voix, il obéit.

Mais pénétrant dans le champ, Johny descend des épaules de madame Muller et se précipite vers papa. Je le regarde mi inquiète, mi amusée. Tout à coup il saute sur ses épaules et le mord pour jouer. Je n'aimerais pas connaître l'impression que papa ressentit à cet instant. Madame Muller, après l'avoirgrondé, découvre de belles primevères, elle les cueille pour son mari.

Johny trouve l'idée à son goût et commence à cueillir pissenlits et touffes d'herbes. Puis, finalement, il les offre à Judith qui approuve en battant des mains. Ces singes sont de vrais clowns; depuis leur arrivée, Thierry et moi n'arrêtons pas de rire.

Nous arrivons près des poneys. Les deux singes, la main dans la main, courent vers les poulains. Les mères se demandent quels sont ces drôles de petits hommes.

Mais, en entendant les hurlements de Judith, pincée par son compagnon, les juments galopent vers leurs petits pour les protéger.

Johny caresse une vieille jument, en criant de joie, tandis que Judith saute sur un poney alezan. Nous regardons ce spectacle si comique. La cavalière veut avancer et tape sa monture sur les fesses. Celle ci, étonnée et mécontente, commence à ruer.

Le troupeau, excité par les cabrioles du poney alezan, exécute un grand galop. Judith apeurée saute à terre et court se réfugier dans les bras de sa mère adoptive. Pendant ce temps, Johny semble se lier d'amitié avec un poney très calme, Titus. Il caresse la crinière, puis, désignant les poneys au galop, tape son front avec l'index afin d'expliquer à Titus qu'il trouve les autres stupides. Lui ne comprend pas et se contente de le regarder de ses grands yeux noirs.

Madame Muller sourit: "Come with me, boy", dit elle.

Johny quitte à regret le poney et nous rejoint en criant. L'Américain n'y fait pas attention et caresse les poneys en leur parlant. La promenade se termine. "Mais, où est Johny ?", s'inquiète madame Muller.

Après maintes recherches, nous concluons que le singe a disparu.

"Il est furieux que je m'occupe des poneys et non de lui. Il se cache, mais où ? nous devons rentrer à Paris pour six heures."

Sa voix se remplissait d'anxiété.

"Regardons dans les arbres, propose sa femme, il y reste souvent pendant des heures."

"Regardez, crie papa, montrant du doigt le gros tilleul, il est là haut et paraît très content de sa farce."

En effet, Johny crie en applaudissant, mais ne désire pas redescendre.

Judith, voulant jouer aussi, grimpe dans l'arbre.

La fermière d'en face, madame Delamare, inquiétée par ces drôles de cris, se précipite derrière la haie et, les mains en visière, scrute les branches.

"C'est un singe qui est là haut, explique Thierry très sérieux, on ne peut pas l'attraper, et ils ont un rendez vous. — Qui? Ies singes?— Oui, et leurs maîtres. — Je ne comprends rien à toute cette histoire. Veux tu une échelle mon p'tit gars?"

Et, un quart d'heure plus tard, Thierry et la gentille dame ramenèrent une échelle.

"Je grimpe là haut dit M. Muller et ils ne gagneront qu'une bonne fessée."

Mais tout fut inutile, les singes descendaient déjà de l'autre côté, leur maîtresse les attrapa et, après un dernier adieu aux poneys, les quatre patineurs se dirigent vers le camion.

"Revenez nous voir avec les singes dit papa. — Ce serait avec plaisir, malheureusement nous partons bientôt en tournée aux états Unis. — Au revoir."

Le véhicule démarre, Judith et Johny nous font de grands signes avec des chiffons.

Grâce aux poneys, nous avions eu à notre table des invités bien différents, mais encore jamais de singes.

Véronique 14 ans


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