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le dressage de mandy

Maintenantqu'elle a Mandy, Guilaine peut suivre Julie au grand galop; comme c'estamusant d'avoir le visage fouetté par le vent et de pouvoir rattraperPirouette !

"Mandy est tout de même mieux que Surprise, me déclare-t-elle, et puis,elle est vraiment intelligente : Elle donne la patte quand elle veut del'avoine et fouille dans mes poches. Mais dis, pourquoi est-ce qu'ellehennit quand tu vas la voir et qu'avec moi, elle ne dit rien? - C'estune très longue histoire. - Dis, raconte-la moi depuis le début. - Ehbien, je l'ai remarquée dès qu'elle est arrivée :

Ungros camion anglais apportait tous les poneys; il y en avait trente,tous très fatigués par un si long voyage. Tu te rends compte : Ilsarrivaient de l'Ecosse et de l'Angleterre et avaient pris le bateau...Ils venaient tous de chez une vieille lady qui habitait un châteauhanté. - Est-ce qu'ils ont mal au coeur, en bateau ?

-Certains sont très malades, mais je t'assure que Mandy, elle, avaitl'air en pleine forme. Voyant que le camion s'était arrêté, elle abousculé tous les autres poneys pour sortir la première et, dès qu'on aouvert, elle a sauté dehors, tout heureuse d'être enfin en liberté;elle s'est mise à ruer et est partie au grand galop au bout du champ,suivie par Julie. J'aurais bien voulu la monter à ce moment-là, maiselle était vraiment trop sauvage.

"Le lendemain, je suis revenue la voir, pensant qu'elle était calmée,mais, dès qu'elle m'a vue, elle a averti Julie et, après avoir balancésa tête d'un air de dire "tu ne m'auras jamais", elle est alléemanger ailleurs, même l'avoine ne la tentait pas... - Pourtant, elleaime bien ça ! - Oui, mais elle ne savait pas encore comme c'était bonet ne pensait qu'à une chose : rester et ne pas retourner dans lecamion avec ces hommes ! - Alors, comment as-tu fait pour l'attraper ?- Je la trouvais tellement belle et je voulais tant la monter que j'aidemandé à papa s'il pouvait me "attraper. Il a essayé lui aussi maissans aucun succès et il a fallu rentrer tout le troupeau, et ellen'était pas encore attrapée! Après une demi-heure, elle avait enfin labride, mais il fallait la tenir, la sauvage!

- Et tu es montée dessus ?

-Oui, j'ai essayé, mais ne t'inquiète pas, deux minutes après, même pas,j'étais par terre, tout étonnée d'être si vite descendue. Elle secabrait et essayait de se libérer, mais papa la tenait bien : Pour lafatiguer, il est monté dessus ; c'était vraiment drôle de voir sesgrandes jambes traîner par terre ; Mandy, surprise au début, avaitdécidé de s'en débarrasser et elle y est arrivée! - Mais alors, commentl'avez-vous dressée ? - Nous l'avons attelée à une très grossecharrette; deux ouvriers aidaient papa à tenir ce lion, on avait misune corde sur ses fesses pour qu'elle ne rue pas, une devant pourqu'elle ne puisse pas se cabrer; avec tout ça, elle n'avait qu'à êtregentille.

- Et ça ne lui faisait pas mal ?

-Non, si elle ne bougeait pas. Elle a fait cent mètres très gentiment,tirant sans peine la grosse charrette. Mais, à peine arrivée dans lechamp, elle s'est mise à ruer et à faire du rodéo : clac ! les deuxbrancards se sont cassés net et, la charrette une fois par terre, Mandyemmêlée dans ses harnais, il ne restait plus qu'à rentrer.

"Mais, si Mandy avait gagné la première fois, elle n'avait qu'à setenir; pour la fatiguer, on l'a attelée à un énorme pneu, et on lafaisait ainsi tourner à la longe au galop. Elle avait beau se démener,le pneu était toujours derrière elle et le fouet l'obligeait à avancer.J'en avais les larmes aux yeux de la voir tout en sueur, ses flancssoulevés à un rythme rapide, la respiration pénible. Et elle meregardait de ses grands yeux quand on la laissait un peu souffler,semblant me dire : "Pourquoi ne fais-tu rien et ne me rends-tu pas laliberté?" Et elle devait repartir au galop, tirant le lourd pneu dontelle essayait de se débarrasser avec un dernier effort.

"Quand elle était ainsi bien fatiguée, je pouvais la reprendre et lareconduire moi-même dans son écurie. J'essayais de la consoler, de luifaire comprendre que nous ne lui voulions que du bien et elle frottaitsa tête contre moi ; j'étais la seule à être gentille avec elle et ellem'aimait vraiment. Chaque fois qu'elle entendait mon pas sur lesdalles, elle savait que je venais la caresser et lui donner quelquebonne chose ; elle m'attendait à longueur de journée, hennissant quandj'arrivais...

- Mais, elle a appris toute seule à donner la patte ?

-Non, c'est moi qui lui ai appris ; à chaque fois que je lui donnais del'avoine, je lui faisais lever la patte ; elle a très bien compris que,si elle la donnait toute seule, elle aurait quelque chose, et, tu vois,elle n'a pas oublié.

- Et quand tu l'as montée, qu'est-ce qu'elle a dit?

-La première fois, elle s'est demandé ce qui lui arrivait et, elle avaitbeau être fatiguée par le pneu, elle m'a aussitôt mise par terre. Maiselle était devenue beaucoup plus gentille. J'ai demandé à Olivier dem'aider à terminer le dressage; on l'a fait tourner à la longe sanspneu, jusqu'à ce qu'elle soit un peu fatiguée.

Ace moment-là, je me suis mise à plat ventre sur son dos pour l'habituerà avoir un poids. Et, ensuite, j'ai pu la monter sans trop de crainte :Elle m'a tout de même mise pas mal de fois dans l'herbe, dès qu'il luien prenait l'envie...

-Je sais... Une fois, j'ai serré un peu trop les jambes, eh bien ça n'apas été long ; je me suis retrouvée dans les chardons, et Mandym'attendait en suçant un brin d'herbe et en me regardant du coin del'oeil."

Guilaine réfléchit un peu et me demande :

"Mais alors, tu dois être très triste de me l'avoir donnée... si tuveux, tu peux la reprendre, tu me la prêteras de temps en temps.

-Merci, tu peux la garder : Je suis devenue trop grande pour elle etc'est bien mieux que tu la montes. Ne t'inquiète pas, ce n'est pasparce qu'elle est à toi que Mandy m'a oubliée. Les poneys n'oublientjamais : Ce peuvent être de très bons amis, tu vois."

Inès 16 ans


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