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Bienvenue à la Ferme Equestre de Bois Guilbert
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Pour nous écrire

le bois et ses milles petites voix

"Tu chasses ?" me demande mon cousin.

Un lapin vient de s'asseoir au milieu du chemin. Il nous regarde approcher, puis s'éloigne tranquillement dans un buisson.

"Non. — Ton père non plus ? — Non plus. — Même pas un tout petit coup de temps en temps? demande t il tout malheureux. — Plus jamais. Les fusils restent toujours accrochés aux murs, maintenant. D'ailleurs, qu'est ce qu'elles t'ont fait, toutes ces petites bêtes, pour que tu les tues ?"

Un faisan s'envole soudain à côté de nous. Mon cousin lève brusquement les bras comme s'il tenait un fusil. Il trépigne: "Ah, si j'avais eu ma carabine, je l'aurais eu!"

Nos fusils, à nous, se couvrent de poussière. Les mille petits habitants du bois mènent une vie paisible. Ils reçoivent des invités, d'ailleurs. Dernièrement, c'était des chevreuils! Ils venaient pour la première fois.

Avant, quand nous chassions, le bois n'était pas du tout pareil. On aurait cru qu'il était craintif. Il y avait de quoi, avec toutes ces grandes chasses qu'on y organisait.

Papa invitait beaucoup de chasseurs qui arrivaient, le fusil à l'épaule, avec leur chien. Quand tout le monde était là, on partait vers le bois. Moi, j'avais attelé Snow Flake à la grande charrette, pour emmener le gibier la chasse terminée.

A mesure qu'on approchait du bois, le groupe des chasseurs se taisait. Quand on y pénétrait, on n'entendait plus que le bruit des bottes dans les flaques, des chiens haletants, de la charrette qui grinçait. Le bois nous épiait de ses deux mille petits yeux. Il savait que les fusils allaient bientôt tonner.

Arrivés à la cabane, Papa organisait la chasse: Il postait les chasseurs aux endroits où les lapins, les lièvres, les perdrix, les perdreaux allaient déboucher. Puis, au coup de trompe, les rabatteurs se mettaient en marche. Ils avaient encerclé une partie du bois et repoussaient le gibier vers les chasseurs à l'affût, en criant, en tapant sur les troncs d'arbres, dans les ronces, pour faire sortir leurs habitants.

Moi, j'étais avec les rabatteurs, un vrai rabatteur comme eux; un soir, j'avais été payé aussi, un peu moins cher tout de même.
De temps en temps, je voyais un pauvre lapin détaler dans les fourrés et je voulais lui courir après. Mais alors une grosse main me retenait: "Reste dans la ligne, sinon c'est dangereux!"

Je dévalais les ravins, remontais en m'aggripant aux racines, tout essoufflé.
Le plus pénible, c'était les ronces. J'étais griffé de partout, mais "comme j'aurais l'air d'un vrai guerrier auprès de mes sœurs, quand je serais de retour!" Alors je continuais, et, quand c'était vraiment dur, à reculons. C'est là que le bâton m'était vraiment utile, pour frapper les énormes ronces qui me barraient le passage avec leurs griffes menaçantes : Je tapais dessus, plein de rage, pour rester dans la ligne des rabatteurs.
Papa aimait aussi rabattre. Une fois, nous étions ensemble ; nous avions entendu du bruit devant nous. Dans les ronces, il y avait un petit tunnel : Nous suivions un sanglier ! Jamais je n'en avais vu et, là, devant, il y en avait un (un gros, sûrement!) qui se sauvait.
Pendant une heure, nous l'avons suivi à la trace. C'était palpitant, mon cœurbattait plus vite qu'il ne le fallait. Papa avec son gros fusil l'aurait sûrement. Mais, au bout d'une heure, nous avions terminé le carré, et toujours pas de sanglier!
J'étais trop fatigué pour continuer, et je rentrai.
Papa s'était posté à l'affût, la chasse continuait. Sur le chemin du retour, j'entendis deux coups de fusil. Le soir, papa revint avec notre sanglier.
C'était lui qui l'avait tué, mais il avait fallu le partager avec les autres chasseurs et nous n'avions gardé qu'un gigot: C'était bon! Il avait un goût sauvage de bois, de ronces...

Ce qui me faisait le plus peur, dans ces chasses, c'était les coups de fusil Et, quand un chasseur visait, je me bouchais les oreilles pour atténuer ce bruit de tonnerre. Il y avait des moments où l'on entendait six coups à la suite, quand un lièvre traqué essayait de passer la ligne des chasseurs. Généralement, il ne s'en sortait pas.

Ce que les lapins, les oiseaux, avaient de mieux à faire, c'était de rester immobiles, sans se faire remarquer. Mais il y avait les chiens qui furetaient partout en aboyant, qui reniflaient le sol, suivaient des pistes. Ils étaient infatigables, et, quand la chasse commençait, ils étaient déjà tout exaltés: bien plus que leur maître! Dans la ferme, ils cherchaient déjà les faisans! Ils étaient dressés ainsi et, les seules fois où ils sortaient de leur niche, c'était pour chasser, alors vous pensez ! Quelle joie pour eux que la chasse!

Notre chienne Karina, un fox terrier n'était pas intéressée, elle, par la chasse. Ce qu'elle aimait, c'était de courir après les papillons et, quand elle en voyait un beau, de toutes les couleurs, elle ne pouvait jamais s'empêcher de sauter derrière il faut dire que Karina était une princesse qu'une vraie princesse nous avait offerte. Elle n'était donc pas faite pour les ronces.

Papa avait pourtant essayé de la dresser : Mais elle restait sur une souche pour ne pas se faire piquer les pieds et elle le regardait rabattre le gibier pour elle!

Depuis, elle restait à la maison, avec ses fleurs et ses papillons. Un jour, on I'a retrouvée morte sur la route, écrasée par une grosse voiture. Pourtant, on lui avait défendu d'aller sur la route.

Pirouette, la chienne fox terrier qui a remplacé Karina, était par contre un vrai chasseur. Mais, quand elle est arrivée chez nous, nous ne chassions plus. Alors elle se contentait des canards et des poules de la ferme. De temps en temps, elle arrivait à surprendre dans le bois un lapin inexpérimenté, et à le croquer.

C'est grâce aux poneys que nous ne chassons plus. Ce sont eux maintenant qui occupent toute notre vie. Il n'y a plus de place pour la chasse.

Finis les affreux tableaux où les pauvres victimes immolées au plaisir des hommes sont étalées sur le perron, toutes sanglantes! Perdreaux, perdrix, faisans, pigeons, renards, lièvres, lapins, chacun avec sa part de plombs, de chevrotine, de balles, qui salissent leurs beaux habits!

Snow Flake ne transporte plus le pique nique des chasseurs, mais celui des enfants sur leurs poneys. Et le bois nous dit tous les jours:
"Vive les poneys, vive les enfants!" de ses mille petits chants.

Olivier 17 ans


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