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Bienvenue à la Ferme Equestre de Bois Guilbert


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la capture de Primerose

Elle s'appelle Primerose, comme ces fleurs sauvages que l'on trouve au printemps dans les champs. D'une finesse altière, sa tête, comme tout son corps, est légèrement pommelée, ses veines gonflent lorsqu'elle trépigne.

Le jour où nous eûmes cette aventure, elle n'était pas encore dressée : une cicatrice lui barrait le chanfrein car, dans son impétuosité, elle s'était précipitée et blessée sur une barrière, croyant pouvoir retrouver sa liberté. Sa crinière est rebelle et sauvage comme Primerose elle-même.

Les grandes vacances étaient commencées depuis peu. Nous avions décidé, ce matin, avec ma soeur d'un an plus jeune, d'attraper cette jument sauvage.

C'était très osé, mais nous verrions bien...

Peut-être n'était-elle pas si sauvage qu'on le disait.

Et nous voilà partis dans le parc qui entoure la maison, à la recherche de Primerose, un seau d'avoine dans une main et la bride cachée derrière le dos, dans l'autre.

Nous marchions en silence, un peu angoissés. La voilà. Elle mangeait tranquillement, toujours aussi belle.

Nous nous approchâmes en montrant le seau jaune rempli d'une avoine bien tendre qui attire généralement tous les poneys. Mais elle ne leva même pas la tête. Elle trouvait sans doute que nous étions un peu trop près et s'éloigna pour déguster une autre touffe d'herbe. Cela ne présageait rien de bon.

Une heure était déjà passée, impossible d'attendrir Primerose. Nous ne l'intéressions pas et cela nous énervait beaucoup.

"Eh bien, puisqu'elle ne veut pas manger d'avoine, nous allons l'attraper de force !" C'était très ambitieux, à douze ans.

Nous la poussâmes au coin du parc où nous espérions la bloquer... "Là, ça y est, elle est bloquée. - Oh, elle galope sur nous. - Pousse toi, Inès."

Et voilà la jument repartie à l'autre bout du parc, nous laissant découragés mais, aussi, exaspérés.

"Nous finirons bien par l'avoir. - Elle ne perd rien à attendre."

Un enclos était situé derrière les gros sapins ; si nous pouvions y faire entrer la jument, le tour serait joué. Nous étions fatigués, mais ce nouvel espoir ranimait nos forces.

Au bout de trois essais, la jument entra, enfin, dans l'enceinte où s'élève un tertre que l'on appelle "la Petite Montagne". Nous y avions construit notre repaire, une belle cabane avec des fenêtres très larges pour surveiller les champs environnants.

Nous pensions l'attraper facilement en la coinçant.

"Là, tout doux, oh, oh, Primerose." Je m'approchais doucement, doucement, pour lui caresser la croupe, mais, à cette sensation d'être touchée, la jument se cabra soudain et fonça sur nous pour passer; impossible de la retenir, la voilà repartie galopant maintenant autour de "la Petite Montagne", excitée et tremblante.

C'est alors que nous nous aperçûmes qu'à deux enfants nous ne pourrions jamais attraper cette force sauvage de la nature.

Mais, subir un échec ? Oh non ! Nous ne pouvions rester sur un échec. Il fallait trouver un moyen, absolument, pour attraper ce poney qui gagnait jusqu'ici.

J'examinais l'enclos car j'avais remarqué un endroit où la jument devait passer lorsqu'elle tournait autour de "la Petite Montagne". C'était un passage étroit où l'on pouvait disposer un lasso à la hauteur de sa tête, sans qu'elle le vît.

Un lasso était dans la cabane ; il ne restait plus qu'à le cacher dans les branches puis le fixer à un tronc d'arbre, de façon que Primerose y engouffre la tête. Nous étions excités en posant ce piège, la jument nous regardait d'un oeil curieux et apeuré.

Tout était installé. "Allez va ! Galope." Elle n'attendait que cela et refit le tour de "la Petite Montagne", pensant continuer le même manège qu'avant. Mais le piège était là. A peine Primerose y eut-elle passé la tête que la corde se tendit brusquement.

La jument, affolée, se mit à tirer de toutes ses forces, mais, plus elle tirait, plus le lasso l'étranglait. Elle sortait la langue, espérant avaler un peu d'air; on l'entendait râler, ses yeux devenaient rouges, ses veines gonflaient, ses muscles se tendaient et, brusquement, elle s'écroula, épuisée et vaincue.

Nous avions regardé ce spectacle horrifiés ; mais, alors, pleins de pitié, nous courûmes délivrer cette pauvre bête de cet instrument de torture qui l'étranglait encore.

Enfin, elle respira, mais elle était prise. Nous la tenions par le licol, victorieux, mais à quel prix !

Elle essaya de se débattre, trop tard ; nous la maîtrisions. Elle se calma, la tristesse se lisait dans ses yeux.

Elle nous suivit, la tête basse et la crinière en désordre.

Olivier 17 ans


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