Bienvenue à la Ferme Equestre de Bois Guilbert


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En route pour Paris

Demainmatin, lever à quatre heures », a dit papa; nous avons toutes lestrois ouvert de grands yeux, ne croyant pas qu'une telle chose puissejamais arriver, et, pour plus de sécurité, nous avons remonté nosréveils. Mais vers dix ans le sommeil est roi, et, si papa ne nousavait réveillées, nous serions encore dans nos petits lits...

Nousvoilà maintenant installées sur le siège avant de la camionnette, lespaupières bien lourdes mais conscientes de notre grand privilège : Nouspartons à Paris «  présenter »  nos poneys, papanous accompagne avec des moutons.

Vousrendez-vous compte? Partir ainsi pendant dix jours, sans aller enclasse, pour «  participer »  à un des plus grandsconcours agricoles qui soient!

Nosimaginations galopent, loin, bien loin, jusqu'au bout de cette routeque nous suivons maintenant; derrière nous, les moutons s'installent:Aux appels plaintifs des agneaux encore tout petits répondent lesbêlements rauques des mères; L'aventure est nouvelle, assez inquiétantemême, pour eux qui ne quittent jamais la bergerie ou les champs.Cependant, la bonne litière de paille fraîche et le ronron continu dela camionnette les rendent bientôt à leur état d'hébétude habituel: Lesvoilà qui ne s'occupent plus du tout du nouveau cadre, et ruminent leurfourrage.

Dansles tournants, en sortant la tête par la fenètre - mais cela ne plaitpas à papa -, je regarde la remorque par les fentes de laquelles'échappent les crins des poneys: De mon côté, deux crinières et unequeue, blondes toutes trois, dont le vent s'empare pour jouer avec lesmèches.

Maisnous sommes en mars, et au vent frais, je préfère la bonne chaleur dela camionnette et l'odeur du fourrage installé au-dessus des têtes desmoutons... Je glisse dans un doux sommeil, peuplé de rêvesfantastiques, où papa gagne tous les premiers prix; il a passé tantd'heures dans sa bergerie à choisir ses moutons - pendant que son repasrefroidissait ou que maman s'impatientait avec son soufflé - que c'estbien normal! Toutes les trois défilons devant la foule à poney et... unbrusque coup de frein vient tout interrompre.

Jeme frotte les yeux, secoue un peu Véronique et Isabelle qui sontaffalées sur moi: « Hé, vous vous réveillez, on s'arrête ! - Oùest-on? » 

C'estun joli village aux maisons toutes serrées en pierre:   ils'éveille doucement, s'étire; les coqs chantent, les fumées sedéroulent tranquillement dans le ciel gris; au pas des portes lesménagères secouent leurs couvertures, mais rentrent vite: Lethermomètre est bien descendu depuis quelques jours!

Papavient de revenir avec un garagiste et ils sont tous les deux couchés àl'arriére, entre les roues : Seuls leurs pieds dépassent, les petiteschaussures du garagiste à côté des grandes bottes de papa.

Sansperdre notre temps, nous commençons à fureter dans les sacs que maman ainstallés devant nous; hum ! des bons sandwiches, des oeufs, unsaucis-son tout entier: nous fixons d'emblée notre choix sur lessandwiches au jambon, qui sont deux fois plus gros que les autres, etretournons considérer les pieds de papa et du garagiste. Rien à tirerde ce côté-là, qu'allons-nous faire, surtout que les voix qui viennentdu dessous n'ont pas l'air ravies de ce qui se passe dans les fils;cela va certainement durer un bout de temps!

Nouscaressons les agneaux, glissons du fourrage aux poneys, quand papaémerge, la figure sombre : On ne sait pas très bien si c'est ducambouis ou si ce qui arrive l'inquiète beaucoup. En tout cas, il faitsortir les poneys pour pouvoir travailler plus facilement et, chacuneavec notre poney en main, nous commençons à faire quelques pas.

Unenfant s'approche timidement, suivi d'un autre, puis d'un troisième ;ils restent à deux mètres de nous, bouche bée, n'osant s'approcher maisles yeux si pleins d'envie que nous nous regardons toutes les trois,pensant en même temps :

« Nousconnaissons bien les poneys, mais eux en voient sans doute pour lapremière fois... »  Deux minutes plus tard les voilà à poney,écoutant attentivement nos conseils, et nous partons en promenade dansle village. Ils sont bientôt une dizaine autour de nous, ravis demonter sur un « vrai Poly »  : La prochaine fois qu'ilsregarderont la télé, le jeudi après-midi, ils déclareront: « Ehbien moi aussi je sais en faire du poney »  et pourronttellement mieux galoper à la place du héros!

Maisil est neuf heures moins cinq et ils partent tous en courant car ilparaît que la maîtresse ne rit pas quand ils arrivent en retard, aucontraire !

Letour du village est vite fait, plus vite qu'à Bois-Guilbert, car icitoutes les maisons sont serrées, et nous revoilà à notre point dedépart; papa apparaît, souriant : « En route lesenfants! » 

Lesponeys retrouvent leur place, et nous la notre; moins de cinq minutesplus tard, le village est dépassé, mais les poneys n'auront pas étéoubliés: La maîtresse d'école doit se demander pourquoi ce matin lesenfants chuchotent sans cesse, et, pourquoi, au moment du dessin,esquissent-ils tous un poney avec une crinière blonde

Lescheminées d'usine deviennent maintenant plus nombreuses et, autour dechacune d'elles, se groupent des bâtiments et des maisons, gris dans lematin gris : Que tout semble triste à côté de nos petites fermesnormandes installées au milieu de leur cour, entre les pommiers ! Et,en fermant les yeux, je retrouve la douce chaleur de notre maison, avecses briques d'un rose orangé...

Maisla vie semble ici avoir un autre rythme : Autour de nous des voituresarrivent de partout; leurs occupants, lorsqu'ils ne sont pas crispés àleur volant ou les yeux rivés aux feux rouges, regardent les poneysd'un air tout juste curieux, puis repartent derrière les autres pensantpeut-être à la journée à venir ou à leur patron, que sais-je? ils ontl'air si désabusés...

Noussommes toutes les trois terriblement impressionnées par les largesboulevards, les grandes maisons imposantes avec leurs balcons en ferforgé, par tous les magasins tellement merveilleux ; nous voudrionslire toutes les affiches, admirer les vitrines, observer les Parisiens,écouter la rumeur et sentir l'odeur de Paris... La tête nous en tourne,surtout quand d'un seul coup, nous découvrons au détour d'une avenuel'Arc de Triomphe ou la Tour Eiffel.

Sibien que, lorsque nous arrivons à destination, malgré notre excitation,nous souhaitons la paix et le silence, tels que nous les trouvons àchaque instant à Bois-Guilbert au milieu de nos poneys.

>Inès 16 ans


Ferme Equestre de Bois Guilbert
1001 route d'Héronchelles 76750 Bois Guilbert (Haute-Normandie)    -    tél : 02 35 34 42 51
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