Vavite

Ce matin, un joli poney pie est arrivé. Mais quel drôle de poney! Il a les yeux bleus! Et de quel air gentil nous regarde-t-il!

Papa le conduit dans le champ avec les autres poneys et se dit content de lui-même.

"Là, au moins, il aura de quoi manger."

Tous les jours, je vais le voir, mais pourquoi a-t-il cet air si tristequand il me regarde? Et pourquoi est-il toujours dans ce même coin oùil n'y a presque pas d'herbe ? Il y en a pourtant beaucoup de l'autrecôté, et je ne le vois jamais par là, comment faire ? Trouver la causede son chagrin ? ça va être dur.

Il a toujours le même air, il maigrit de jour en jour et il ne boit pas. Mais, enfin, pourquoi ?

Lors d'une de mes nombreuses visites: "Viens, Vavite!"

Ayant reconnu son nom, il accourt, je me dirige près de l'eau; il me suit et commence à boire, il a l'air très assoiffé.

Maisà peine a-t-il commencé à boire que Furie, le chef du troupeau, arriveau grand galop, se jette en le mordant et l'oblige à retourner dans sonéternel coin. Il marche nerveusement autour en zigzagant et en baissantla tête, les naseaux gonflés, les yeux méchants, les oreilles couchées,il surveille son malheureux prisonnier.

Désolée, je pense : "Si ça continue comme ça, mon ami va mourir, il faut que je prévienne papa."

Je cours à la maison, franchis les marches du perron et vais le trouver. Essoufflée, je lui dis:

"J'ai trouvé ! C'est Furie qui empêche Vavite de manger, il a fallubeaucoup de temps, mais j'ai tout de même réussi à comprendre, il fautvite le changer de place !"

"Oh ! que c'est curieux, dit mon père, un jour un écossais m'a racontéqu'autrefois, dans les mines, les poneys, quand ils n'en aimaient pasun autre, se groupaient et s'arrangeaient toujours pour s'endébarrasser! Mais ce n'est pas tout, où le mettre?" ajoute papa enréfléchissant.

Après quelques minutes de réflexion, nous le mettons dans l'ancien chenil spacieux et aéré.

Lesjours suivants, Vavite, dans la petite écurie, mange goulûment sanourriture. Comme c'est bon de se sentir à nouveau gâté et bien nourri,après I rude épreuve qu'il a dû endurer!

Maisce n'est pas tout, Vavite doit être dressé! D'abord, la bride; quec'est désagréable d'avoir une barre de fer dans la bouche entre lesdents! Mais on s'habitue vite. Et la selle! Quelle idée d'avoir cettechose si dure sur le dos et cette lanière sous le ventre, seulementpour que le cavalier soit plus à l'aise.

Audébut, Vavite n'est pas d'accord et il se cabre, en bougeant les jambesavant pour se débarrasser de la sangle, mais, même en faisant de vainsefforts, il n'y arrive pas et il finit par devenir le plus gentil poneymalgré son caractère fougueux.

Raviede sa présence toute proche de moi, je lui cueille les herbes les plustendres, de larges feuilles de pissenlits, de grosses touffes de fléolequ'il prend maintenant avec confiance dans ma main.

Malheureusement, Vavite ne peut pas rester toujours enfermé car il devient nerveux et ne veut plus manger. Que faire ?

Pendant plusieurs jours, papa réfléchit profondément et décide enfin qu'il va le mettre avec le taureau et les vaches.

Aussitôtdit, aussitôt fait. Vavite se fait conduire docilement dans leur champ.C'est l'époque des vêlages et les petits gambadent, joyeux, autour deleurs mères. A peine entré, Vavite les aperçoit et va se mêler aux jeuxen se faisant accueillir très chaleureusement. Comme c'est amusant decourir comme un fou, de sauter, de cabrioler!

Maistout a une fin et, fatigués, ils s'arrêtent, les veaux rejoignentchacun leur mère et boivent goulûment le lait. Seul Vavite reste aumilieu du champ.

Soudain, que voit-il ?

L'énormetaureau charolais blanc s'approche de lui. Apeuré, Vavite fait unécart, mais, bientôt rassuré, il s'aperçoit que celui-ci le lèche et ilcomprend qu'il l'a pris pour un veau égaré et le ramène près dutroupeau.

Quelle bonne paire d'amis ils font!

Tousles matins, Vavite et le troupeau sont ensemble près de la barrière etobservent tranquillement les allées et venues de la ferme. Je suis laseule à pouvoir entrer dans le champ où ils sont; mon protégé meconnaît et son ami tolère ma présence. Immobile, le taureau regarde leponey recevoir mes croûtes de pain et mes caresses car il a faitcomprendre au taureau que je l'aime bien.

Puis tous deux repartent comme si rien n'était et continuent leurs promenades habituelles, l'un meuglant, l'autre hennissant.

Comme ils sont heureux!

Unjour, je vois arriver une voiture, elle s'arrête, un homme, suivi deson fils, descend et se dirige vers papa debout sur les marches. "Jevoudrais un poney gentil et bien dressé pour mon fils qui a six ans."

Contente, je pense qu'il ne prendra pas Vavite car il est avec son protecteur redoutable! Mais j'entends papa dire :

"Justement, ma fille a dressé et amadoué un très gentil poney, elle en a un autre et ne s'apercevra pas de sa disparition."

Oh!Quelle idée papa a-t-il ! Pourquoi faut-il toujours qu'il pense auponey que j'aime bien ! Triste, je reste là et les regarde partir tousles trois, une bride à la main, en gardant toutefois un maigre espoir.

Papafranchit la barrière, ainsi que les autres. Le taureau ne comprend paspourquoi on veut lui ravir son meilleur ami, mais le poney, lui, acompris, car il lui est déjà arrivé la même histoire quand il est venuici.

A peineles gens sont-ils entrés que l'énorme bête gratte la terre en meuglant,baisse la tête et présente ses cornes aux trois gêneurs en lesregardant d'un air méchant, prêt à tout faire pour sauver le poney.

Effrayés, Papa et les autres se sauvent en courant et sautent la barrière.

L'acheteurdit à papa, en tremblant encore de son aventure: "Vous n'en avez pasun autre?" Heureuse de ne pas être séparée de mon ami Vavite, je risaux éclats. Grâce au taureau, Vavite reste avec moi.

Isabelle 13 ans


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